Le est fier de présenter...

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Synopsis du conte... || Ce conte fait ± 7¾ pages (19333 caractères)
Pays ou culture du conte : Canada.

Le loup-garou

Louis Fréchette (1839-1908)

 Avez-vous entendu dire que la belle Mérance à Glaude Couture était pour se marier, vous autres ?

Non.

– Eh ben, oui ; y paraît qu’a va publier la semaine qui vient.
– Avec qui ?
– Devinez.
– C’est pas aisé à deviner ; elle a une vingtaine de cavaliers autour d’elle tous les dimanches que le bon Dieu amène.
– Avec Baptiste Octeau, je gage !
– Non.
– Damase Lapointe ?
– Vous y êtes pas... Tenez, vaut autant vous le dire tout de suite : a se marie avec le capitaine Gosselin de Saint-Nicolas.
– Avec le capitaine Gosselin de Saint-Nicolas ?
– Juste !
– Jamais je vous crairai !
– A va prendre ce mécréant-là ?
– Ah ! mais, c’est qu’il a de quoi, voyez-vous. Il lui a fait présent d’une belle épinglette d’or, avec une bague en diamant ; et la belle Mérance haït pas ça, j’vous l’dis !
– C’est égal : y serait ben riche fondé, propriétaire de toutes les terres de la paroisse, que je le prendrais pas, moi.
– Ni moi : un homme qu’a pas plus de religion..
– Qu’on voit jamais à l’église...
– Ni à confesse...
– Qui courra le loup-garou un de ces jours, certain !
– Si tu disais une de ces nuits...
– Dame, quand il aura été sept ans sans recevoir l’absolution...
– Pauvre Mérance, je la plains !
– C’est pas drôle d’avoir un mari qui se vire en bête tous les soirs pour aller faire le ravaud le long des chemins, dans les bois, on sait pas où. J’aimerais autant avoir affaire au démon tout de suite.
– C’est vrai qu’on peut le délivrer...
– Comment ça ?
– En le blessant, donc : en y piquant le front, en y coupant une oreille, le nez, la queue, n’importe quoi, avec quèque chose de tranchant, de pointu : pourvu qu’on fasse sortir du sang, c’est le principal.
– Et la bête se revire en homme ?
– Tout de suite.
– Eh ben, merci ! j’aime mieux un mari plus pauvre, mais qu’on soye pas obligé de saigner.
– C’est comme moi ! s’écrièrent ensemble toutes les fillettes.
– Vous croyez à ces blagues-là, vous autres ? fit une voix ; bandes de folles !

La conversation qui précède avait lieu chez un vieux fermier de Saint-Antoine de Tilly, où une quinzaine de jeunes gens du canton s’étaient réunis pour une « épluchette de blé d’Inde », après quoi on devait réveillonner avec des crêpes.

Comme on le voit, la compagnie était en train de découdre une bavette ; et, de fil en aiguille, c’est-à-dire de potin en cancan, les chassés-croisés du jabotage en étaient arrivés aux histoires de loups-garous.

Inutile d’ajouter que cette scène se passait il y a déjà bien des années, car – fort heureusement – l’on ne s’arrête plus guère dans nos campagnes, à ces vieilles superstitions et légendes du passé.

D’ailleurs, l’interruption lancée par le dernier des interlocuteurs prouve à l’évidence que, même à cette époque et parmi nos populations illettrées, ces traditions mystérieuses rencontraient déjà des incrédules.

– Tout ça, c’est des contes à ma grand-mère ! ajouta la même voix, en manière de réponse aux protestations provoquées de tous côtés par l’irrévérencieuse sortie.
– Ta, ta, ta !... Faut pas se moquer de sa grand-mère, mon petit ! fit une vieille qui, ne prenant point part à l’épluchette, manipulait silencieusement son tricot, à l’écart, près de l’âtre, dont les lueurs intermittentes éclairaient vaguement sa longue figure ridée.
– Les vieux en savent plus long que les jeunes, ajouta-t-elle : et quand vous aurez fait le tour de mon jardin, vous serez pas si pressés que ça de traiter de fous ceux qui croient aux histoires de l’ancien temps.
– Vous croyez donc aux loups-garous, vous, mère Catherine ? fit l’interrupteur avec un sourire goguenard sur les lèvres.
– Si vous aviez connu Joachin Crête comme je l’ai connu, répliqua la vieille, vous y crairiez bien vous autres étout, mes enfants.
– J’ai déjà entendu parler de c’te histoire de Joachin Crête, intervint un des assistants ; contez-nous-la donc, mère Catherine.
– C’est pas de refus, fit celle-ci, en puisant une large prise au fond de sa tabatière de corne. Aussi ben, ça fait-y pas de mal aux jeunesses d’apprendre ce qui peut leux pendre au bout du nez pour ne pas respecter les choses saintes et se gausser des affaires qu’ils comprennent point. J’ai pour mon dire, mes enfants, qu’on n’est jamais trop craignant Dieu.

Malheureusement, le pauvre Joachim Crête l’était pas assez, lui, craignant Dieu.

C’est pas qu’il était un ben méchant homme, non ; mais il était comme j’en connais encore de nos jours : y pensait au bon Dieu et à la religion quand il avait du temps de reste. Ça, ça porte personne en route.

Il aurait pas trigaudé un chat d’une cope, j’cré ben ; y faisait son carême et ses vendredis comme père et mère, à c’qu’on disait. Mais y se rendait à ses dévotions ben juste une fois par année ; y faisait des clins d’yeux gouailleurs quand on parlait de la quête de l’Enfant-Jésus devant lui : et pi, dame, il aimait assez la goutte pour se coucher rond tous les samedis au soir, sans s’occuper si son moulin allait marcher sus le dimanche ou sus la semaine.

Parce qu’il faut vous dire, les enfants, que Joachim Crête, avait un moulin, un moulin à farine, dans la concession de Beauséjour, sus la petite rivière qu’on appelle la Rigole.

C’était pas le moulin de Lachine, si vous voulez ; c’était pas non plus un moulin de seigneurie ; mais il allait tout de même, et moulait son grain de blé et d’orge tout comme un autre.

Il me semble de le voir encore, le petit moulin, tout à côté du chemin du roi. Quand on marchait pour not’ première communion, on manquait jamais d’y arrêter en passant, pour se reposer.

C’est là que j’ai connu le pauvre malheureux : un homme dans la quarantaine qu’haïssait pas à lutiner les fillettes, soit dit sans médisance.

Comme il était garçon, y s’était gréé une cambuse dans son moulin, où c’qu’il vivait un peu comme un ours, avec un engagé du nom de Hubert Sauvageau, un individu qu’avait voyagé dans les Hauts, qu’avait été sus les cages, qu’avait couru la prétentaine un peu de tout bord et de tout côté, où c’que c’était ben clair qu’il avait appris nen de bon.

Comment c’qu’il était venu s’échouer à Saint-Antoine après avoir roulé comme ça ? On l’a jamais su. Tout c’que je peux vous dire, c’est que si Joachim Crête était pas c’que y avait de plus dévotieux dans la paroisse, c’était pas son engagé qui pouvait y en remontrer sus les principes comme on dit.

L’individu avait pas plus de religion qu’un chien, sus vot’ respèque. Jamais on voyait sa corporence à la messe ; jamais il ôtait son chapeau devant le Calvaire ; c’est toute si y saluait le curé du bout des doigts quand y le rencontrait sus la route. Enfin, c’était un homme qu’était dans les langages, ben gros.

– De quoi c’que ça me fait tout ça ? disait Joachim Crête, quand on y en parlait ; c’est un bon travaillant qui chenique pas sus l’ouvrage, qu’est fiable, qu’est sobre comme moi, qui mange pas plusse qu’un autre, et qui fait la partie de dames pour me désennuyer : j’en trouverais pas un autre pour faire mieux ma besogne quand même qu’y s’userait les genoux du matin au soir à faire le Chemin de la Croix.

Comme on le voit, Joachim Crête était un joueur de dames : et si quéqu’un avait jamais gagné une partie de polonaise avec lui, y avait personne dans la paroisse qui pouvait se vanter de y avoir vu fairequeuque chose de pas propre sus le damier.

Mais faut craire aussi que le Sauvageau était pas loin de l’accoter, parce que – surtout quand le meunier avait remonté de la ville dans la journée avec une cruche – ceux qui passaient le soir devant le moulin les entendaient crier à tue-tête chacun leux tour : – Dame ! – Mange ! – Soufflé ! – Franc-coin ! – Partie nulle !... Et ainsi de suite, que c’était comme une vraie rage d’ambition.

Mais arrivons à l’aventure que vous m’avez demandé de vous raconter.

Ce soir-là, c’était la veille de Noël, et Joachim Crête était revenu de Québec pas mal lancé, et – faut pas demander ça – avec un beau stock de provisions dans le coffre de sa carriole pour les fêtes.

La gaieté était dans le moulin.

Mon grand-oncle, le bonhomme José Corriveau, qu’avait une pochetée de grain à faire moudre, y était entré sus le soir, et avait dit à Joachim Crête :

– Tu viens à la messe de Mênuit sans doute ?

Un petit éclat de rire sec y avait répondu. C’était Hubert Sauvageau qu’entrait, et qu’allait s’assire dans un coin, en allumant son bougon.

– On voira ça, on voira ça ! qu’y dit.
– Pas de blague, la jeunesse ! avait ajouté bonhomme Corriveau en sortant : la messe de Mênuit, ça doit pas se manquer, ça.

Puis il était parti, son fouet à la main.

– Ha ! ha ! ha !... avait ricané Sauvageau ; on va d’abord jouer une partie de dames, monsieur Joachin, c’pas ?
– Dix, si tu veux, mon vieux ; mais faut prendre un coup premièrement, avait répondu le meunier.

Et la ribote avait commencé.

Quand ça vint sus les onze heures, un voisin, un nommé Vincent Dubé, cogna à la porte :

– Coute donc, Joachim, qu’y dit, si tu veux une place dans mon berlot pour aller à la messe de Mênuit, gêne-toi pas : je suis tout seul avec ma vieille.
– Merci, j’ai ma guevale, répondit Joachim Crête.
– Vont’y nous ficher patience avec leux messe de Mênuit ! s’écria le Sauvageau, quand la porte fut fermée.
– Prenons un coup ! dit le meunier.

Et en avant la pintochade, avec le jeu de dames !

Les gens qui passaient en voiture ou à pied se rendant à l’église, se disaient :

– Tiens, le moulin de Joachim Crête marche encore : faut qu’il ait gros de farine à moudre.
– Je peux pas craire qu’il va travailler comme ça sus le saint jour de Noël.
– Il en est ben capable.
– Oui, surtout si son Sauvageau s’en mêle...

Ainsi de suite.

Et le moulin tournait toujours, la partie de dames s’arrêtait pas ! et la brosse allait son train.

Une santé attendait pas l’autre.

Queuqu’un alla cogner à la fenêtre :

– Holà ! vous autres ; y s’en va mênuit. V’là le dernier coup de la messe qui sonne. C’est pas ben chrétien c’que vous faites là.

Deux voix répondirent :

– Allez au sacre ! et laissez-nous tranquilles !

Les derniers passants disparurent. Et le moulin marchait toujours.

Comme il faisait un beau temps sec, on entendait le tic-tac de loin ; et les bonnes gens faisaient le signe de la croix en s’éloignant.

Quoique l’église fût à ben proche d’une demi-lieue du moulin, les sons de la cloche y arrivaient tout à clair.

Quand il entendit le tinton, Joachim Crête eut comme une espèce de remords :

– V’là mênuit, qu’y dit, si on levait la vanne...
– Voyons, voyons, faites donc pas la poule mouillée, hein ! que dit le Sauvageau. Tenez, prenons un coup et après ça je vous fais gratter.
– Ah ! quant à ça, par exemple, t’es pas bletté pour, mon jeune homme !... Sers-toi, et à ta santé !
– À la vôtre, monsieur Joachim !

Ils n’avaient pas remis les tombleurs sus la table, que le dernier coup de cloche passait sus le moulin comme un soupir dans le vent.

Ça fut plus vite que la pensée... crac ! v’là le moulin arrêté net, comme si le tonnerre y avait cassé la mécanique. On aurait pu entendre marcher une souris.

– Quoi c’que ça veut dire, c’te affaire-là ? que s’écrie Joachim Crête.
– Queuques joueurs de tours, c’est sûr ! que fit l’engagé.
– Allons voir c’que y a, vite !

On allume un fanal, et v’là nos deux joueurs de dames partis en chambranlant du côté de la grand-roue. Mais ils eurent beau chercher et fureter dans tous les coins et racoins, tout était correct ; y avait rien de dérangé.

– Y a du sorcier là-dedans ! qu’y dirent en se grattant l’oreille.

Enfin, la machine fut remise en marche, on graissit les mouvements, et nos deux fêtards s’en revinrent en baraudant reprendre leux partie de dames – en commençant par reprendre un coup d’abord, ce qui va sans dire.

– Salut, Hubert !
– C’est tant seulement, monsieur Joachim...

Mais les verres étaient à peine vidés que les deux se mirent à se regarder tout ébarouis. Y avait de quoi : ils étaient soûls comme des barriques d’abord, et puis le moulin était encore arrêté.

– Faut que des maudits aient jeté des cailloux dans les moulanges, balbutia Joachim Crête.
– Je veux que le gripette me torde le cou, baragouina l’engagé, si on trouve pas c’qu’en est, c’te fois-citte !

Et v’là nos deux ivrognes, le fanal à la main, à rôder tout partout dans le moulin, en butant pi en trébuchant sus tout c’qu’y rencontraient.

Va te faire fiche ! y avait rien, ni dans les moulanges ni ailleurs.

On fit repartir la machine ; mais ouichte, un demi-tour de roue, et pi crac !... Pas d’affaires : ça voulait pas aller.

– Que le diable emporte la boutique ! vociféra Joachim Crête. Allons-nous-en !

Un juron de païen lui coupa la parole. Hubert Sauvageau, qui s’était accroché les jambes dans queuque chose, manquable, venait de s’élonger sus le pavé comme une bête morte.

Le fanal, qu’il avait dans la main, était éteindu mort comme de raison ; de sorte qu’y faisait noir comme chez le loup : et Joachim Crête, qu’avait pas trop à faire que de se piloter tout seul, s’inventionna pas d’aller porter secours à son engagé.

– Que le pendard se débrouille comme y pourra ! qu’y dit, moi j’vas prendre un coup.

Et, à la lueur de la chandelle qui reluisait de loin par la porte ouverte, il réussit, de Dieu et de grâce, et après bien des zigzags, à se faufiler dans la cambuse, où c’qu’il entra sans refermer la porte par derrière lui, à seule fin de donner une chance au Sauvageau d’en faire autant.

Quand il eut passé le seuil, y piqua tout dret sus la table où c’qu’étaient les flacons, vous comprenez ben ; et il était en frais de se verser une gobe en swignant sus ses hanches, lorsqu’il entendit derrière lui comme manière de gémissement.

– Bon, c’est toi ? qu’y dit sans se revirer ; arrive, c’est le temps.

Pour toute réponse, il entendit une nouvelle plainte, un peu plus forte que l’autre.

– Quoi c’que y a !... T’es-tu fait mal ?.... Viens prendre un coup, ça te remettra.

Mais bougez pas, personne venait ni répondait.

Joachim Crête, tout surpris, se revire en mettant son tombleur sus la table, et reste figé, les yeux grands comme des piastres françaises et les cheveux drets sus la tête.

C’était pas Hubert Sauvageau qu’il avait devant la face : c’était un grand chien noir, de la taille d’un homme, avec des crocs longs comme le doigt, assis sus son derrière, et qui le regardait avec des yeux flamboyants comme des tisons.

Le meunier était pas d’un caractère absolument peureux : la première souleur passée, il prit son courage à deux mains et appela Hubert :

– Qui c’qu’a fait entrer ce chien-là icitte ?

Pas de réponse.

– Hubert ! insista-t-il la bouche empâtée comme un homme qu’a trop mangé de cisagrappes, dis-moi donc d’où c’que d’sort ce chien-là !

Motte !

– Y a du morfil là-dedans ! qu’y dit : marche te coucher, toi !

Le grand chien lâcha un petit grognement qui ressemblait à un éclat de rire, et grouilla pas.

Avec ça, pas plus d’Hubert que sus la main.

Joachim Crête était pas aux noces, vous vous imaginez. Y comprenait pas c’que ça voulait dire ; et comme la peur commençait à le reprendre, y fit mine de gagner du côté de la porte. Mais le chien n’eut qu’à tourner la tête avec ses yeux flambants, pour y barrer le chemin.

Pour lorsse, y se mit à manœuvrer de façon à se réfugier tout doucement et de raculons entre la table et la couchette, tout en perdant le chien de vue.

Celui-ci avança deux pas en faisant entendre le même grognement.

– Hubert ! cria le pauvre homme sur un ton désespéré.

Le chien continua à foncer sus lui en se redressant sus ses pattes de derrière, et en le fisquant toujours avec ses yeux de braise.

– À moi !... hurla Joachim Crête hors de lui, en s’acculant à la muraille.

Personne ne répondit ; mais au même instant, on entendit la cloche de l’église qui sonnait l’Élévation.

Alors une pensée de repentir traversa la cervelle du malheureux.

– C’est un loup-garou ! s’écria-t-il, mon Dieu, pardonnez-moi !

Et il tomba à genoux.

En même temps l’horrible chien se précipitait sus lui.

Par bonheur, le pauvre meunier, en s’agenouillant, avait senti quèque chose derrière son dos, qui l’avait accroché par ses hardes.

C’était une faucille.

L’homme eut l’instinct de s’en emparer, et en frappa la brute à la tête.

Ce fut l’affaire d’un clin d’œil, comme vous pensez bien. La lutte d’un instant avait suffi pour renverser la table, et faire rouler les verres, les bouteilles et la chandelle sus le plancher. Tout disparut dans la noirceur.

Joachim Crête avait perdu connaissance.

Quand il revint à lui, quéqu’un y jetait de l’eau frette au visage, en même temps qu’une voix ben connue y disait :

– Quoi c’que vous avez donc eu, monsieur Joachim ?
– C’est toi, Hubert ?
– Comme vous voyez.
– Où c’qu’il est ?
– Qui ?
– Le chien.
– Queu chien ?
– Le loup-garou.
– Hein !...
– Le loup-garou que j’ai délivré avec ma faucille.
– Ah ! ça, venez-vous fou, monsieur Joachim ?
– J’ai pourtant pas rêvé ça... Pi toi, d’où c’que tu deviens ?
– Du moulin.
– Mais y marche à c’te heure, le moulin ?
– Vous l’entendez.
– Va l’arrêter tout de suite : faut pas qu’y marche sus le jour de Noël.
– Mais il est passé le jour de Noël, c’était hier.
– Comment ?
– Oui, vous avez été deux jours sans connaissance.
– C’est-y bon Dieu possible ! Mais quoi c’que t’as donc à l’oreille, toi ? du sang !
– C’est rien.
– Où c’que t’as pris ça ? Parle !
– Vous savez ben que j’ai timbé dans le moulin, la veille de Noël au soir.
– Oui.
– Eh ben, j’me suis fendu l’oreille sus le bord d’un sieau.

Joachim Crête, mes enfants, se redressit sur son séant, hagard et secoué par un frémissement d’épouvante :

– Ah ! malheureux des malheureux ! s’écria-t-il ; c’était toi !...

Et le pauvre homme retomba sus son oreiller avec un cri de fou.

Il est mort dix ans après, sans avoir retrouvé sa raison.

Quant au moulin, la débâcle du printemps l’avait emporté.


On retrouve certains traits du présent récit dans L’enfant mystérieux de mon confrère, M. W. Eug. Dick. Évidemment nous avons dû nous inspirer de traditions plus ou moins identiques. – Louis Fréchette.

* Ce conte est dans le domaine public au Canada, mais il se peut qu'il soit encore soumis aux droits d'auteurs dans certains pays ; l'utilisation que vous en faites est sous votre responsabilité. Dans le doute ? Consultez la fiche des auteurs pour connaître les dates de (naissance-décès).

- FIN -

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